Georges Duboeuf
Millésime 2003
2003, un soleil historique.
La mémoire n’en finit pas de reculer comme le spectateur qui cherche à contempler l’ensemble du tableau. Une génération ne suffit plus à couvrir le fossé du temps…Il faut remonter au dix-huitième siècle, à 1757 précisément, pour prendre connaissance de vendanges aussi précoces…Comme si les chaleurs exceptionnelles de 2003 nous avaient rendus contemporains de Montesquieu, le premier philosophe à mesurer l’influence des climats sur le comportement des vivants…Or, la chaleur de l’été dernier a été plus fatigante que plusieurs marathons d’affilée, elle a frappé les plus vulnérables et les plus âgés, elle a poursuivi les êtres humains comme des lapins jusqu’au premier soupçon d’ombre… On finirait par l’oublier mais les « temps de chien » sont des temps de grande chaleur, pas de froid, comme le rappelle l’étymologie du mot canicule et comme le dit aussi le mot anglais dog day…Terrible « soleil cou coupé » comme écrivait le poète Aimé Césaire…
L’été des paradoxes
Pour la vigne, l’histoire s’avère fort différente. On imagine la concentration des raisins sous l’effet d’un soleil aussi insistant. Déjà, en avril, le vignoble du Beaujolais avait connu une gelée qui amputa la production d’un bon cinquième peut-être…La taille ayant été sévère, selon les recommandations des instances viticoles, les quantités furent encore réduites par les températures estivales. Une peau de chagrin, pour les vignerons … Mais par bonheur, cette diminution devait s’exercer au profit de la qualité. Epoustouflante. Malgré grêle et soleil, les vins de 2003 seront aussi explosifs que les conditions climatiques l’ont été… Autant dire que le millésime sera à la hauteur des circonstances historiques qu’il a vécues. Comment ne pas saluer l’événement que laissaient subodorer les vendanges: une année de soleil était faite pour rejoindre « le siècle des lumières »…
2003 est marqué par des degrés alcooliques stupéfiants. Mais aussi, grâce inattendue, par des acidités plus fortes qu’on ne les avait imaginées. Il en résulte un équilibre d’autant plus paradoxal que, du 4 au 18 août, le coup de feu sur les vignes avait de quoi brûler les raisins ou, du moins, de les « passeriller » comme, dans le vignoble de valpolicella, quand il s’agit de produire l’amarone…Un grand vin, sans nul doute, mais pas vraiment une tradition beaujolaise…
Par ailleurs, le soleil menaçait à chaque instant de carboniser les vacances des producteurs. Dès la première moitié du mois d’août, il fallait se tenir prêt à vendanger comme, dans les Maures, on se dispose à faire décoller les Canadair. A la moindre alerte. A la moindre étincelle.
L’année demandait une rare disposition au qui-vive. A ces heures-là, justement, Georges Duboeuf se trouvait aux Etats-Unis. Relié par téléphone, plusieurs fois par jour, à son fils Franck, qui centralisait le point de vue des courtiers, des vignerons, et des techniciens qui, en Beaujolais, n’en finissaient pas de vérifier les raisins dans la vigne comme on surveille le lait sur le feu. Comment dire ? On n’avait sans doute jamais vécu pareilles mesures de contrôle, dispositif aussi rigoureux. Une semblable police du vin…
Bref, il était devenu évident que la date des vendanges, en amont de n’importe quelle mémoire de vigneron, aurait quelque chose de rare et de paradoxal. Il fallait des amateurs de science-fiction, ou des individus doués d’un humour fort ravageur, pour couper ainsi au sécateur dans l’esprit des saisons…A ces heures-là, rappelons-le, la plupart des citoyens profitaient de leurs sacro-saints congés. Le « doux mois d’août » dont parle le poète n’incline généralement au travail que dans ses dernières heures ou à ses premières pluies… Sauf que le raisin a ses raisons que la raison ne connaît pas…
Neige au soleil
Les vendanges ont été conduites avec les précautions nécessaires. Elles furent souvent aménagées de grand matin, dès 6 heures 30 et interrompues à midi jusqu’au jour suivant…Un de nos amis vignerons a carrément choisi de vendanger la nuit. En tout état de cause, le Beaujolais avait tout récolté à la fin août, ce qui constitue un record absolu…
L’année aura exigé un contrôle des températures d’autant plus rigoureux que la chaleur avait été violente, excessive, incontrôlable justement…Dans un premier temps, la neige carbonique, utilisée partiellement et parcimonieusement, a tempéré les ardeurs de la météorologie. Pendant la macération, on a constaté que les raisins avaient tendance à rester entiers, à se solidariser entre eux, à ne pas produire du jus à foison. Plus tard, au moment du pressurage, on se rendit compte qu’il fallait procéder avec beaucoup de prudence. C’était un peu comme si le soleil exigeait toujours plus de patience. Des mouvements plus lents comme on le voit dans les pays qui vivent dans un climat tropical. Un de nos partenaires habituels, Christian Miolane, qui réalise de remarquables Beaujolais-Villages (de la mûre entre autres fruits mûrs, si l’on ose dire, pour les 2003) nous donna le bon tempo, ralenti donc, comme pour un concerto baroque…Pour être dans le rythme adéquat, contre les avis des œnologues s’il le faut, « c’est très simple, raconte-t-il, avec la malice d’un viticulteur qui ne barguigne pas à se confronter aux difficultés (quelques-unes de ses vignes ont des pentes dignes de Condrieu ou de la Côte Rôtie), il suffit de goûter à tout bout de champ. » La saveur des raisins ne rendait pas l’entreprise désagréable. Heureusement…
Lent soleil, long sommeil
Lenteur donc comme un maître mot. Pas seulement celle du pressurage. Mais aussi celle de la fermentation alcoolique qui a demandé plus de temps qu’il n’en faut habituellement. C’était là l’effet de la densité exceptionnelle du jus de presse. Comme un engourdissement dans la chaleur qui a terriblement solidifié les grumes. Les peaux étaient chargées de couleur intense et uniforme, d’un reflet gourmand prometteur d’une robe à la vivacité profonde et veloutée. Dieu merci, elles ont contribué à donner une assise magistrale à la récolte 2003… Même des crus comme Régnié, moins connus pour leur opulence que pour leur élégance, se présentent parfois comme des monuments de puissance. Notre ami Paquelet, par exemple, a produit un Régnié d’épopée, riche de substance, de solidité terrienne, de substance aromatique… Grâce à son altitude, Chiroubles échappe à ce que la chaleur pouvait avoir d’obsédant. Comme on le sait, les vins de la Côte de Brouilly, sur des sols profonds sous les roches bleues volcaniques, bénéficient d’une plus forte acidité que leurs voisins de Brouilly. Ils sont remarquables cette année dès lors que les raisins ont été cueillis au moment fatidique de leur maturité (phénolique, bien sûr, et pas seulement alcoolique).
Chez Jean-Pierre Margerand, partenaire de Georges Duboeuf depuis une trentaine d’années, on goûte à des Juliénas qui débordent de fruit. Des arômes de cerise très mûre, quasiment kirschée, des nuances de framboise, d’empyreumatique…La bouche est pleine, grasse, réglissée, enveloppante…C’est superbe. Si riche, d’emblée, qu’on ne saurait hésiter à les promouvoir en cuvée de prestige. Ce n’est guère une surprise pour qui connaît le terroir argilo- calcaire de l’appellation nettement moins sensible à la sécheresse. Reste que la vendange fut si atypique que Margerand continue de se poser des questions existentielles sur le devenir des vins. On n’ose pas lui dire que ces vendanges, qui font songer au dix-huitième, tiendront deux siècles… Margerand est un vigneron perfectionniste qui ne cesse pas de s’adresser des critiques comme s’il avait déclenché lui-même les foudres du soleil. Mais non, rassurons-le, il s’est contenté de réussir des Juliénas qui marqueront la mémoire de ceux qui les goûteront… Ce n’est pas toutes les années qu’ils sont gorgés d’une telle sève…
Une semblable veine de découvertes nous semble rare dans la dégustation. Soit, en cours d’élevage, un Morgon qui dégage des arômes de cerise à l’eau-de-vie, de poivre gris, d’épices douces comme si un millésime aussi exceptionnel avait choisi de nous surprendre en confortant son exotisme. De même, on n’aura jamais goûté à un Moulin à Vent aussi somptueux, avec une bouche grasse, crémeuse, interminable. Et des arômes de violette et de réglisse comme si, en une année prodigue en prodiges, il lui fallait voisiner avec la syrah et s’apparenter à la Côte Rôtie… C’est ainsi qu’un millésime particulièrement périlleux permet de redécouvrir le Beaujolais sous des angles inédits… Aux dégustateurs désormais de s’intéresser à un film aussi original. Et, justement, comme on le dit au cinéma, « Moteur ! »
Jean-François WERNER
Accueil
Actualités
Beaujolais
Contacts
Gamme Domaines et Châteaux
Gamme Fleurie
Gamme New Generation
Gamme Prestige
Les Chiffres
Les Récompenses
Les Vins
Liens
Millésime 2002
Millésime 2003
Millésime 2004
FETE DES CRUS DU BEAUJOLAIS
FETE DES CRUS DU BEAUJOLAIS
BEAUJOLAIS Château de buffavent
BEAUJOLAIS Domaine Pignard
BEAUJOLAIS FLEUR
Beaujolais Nouvelle Génération
BEAUJOLAIS VILLAGES Château de la Grande Grange
BEAUJOLAIS VILLAGES Château de Plantigny
BEAUJOLAIS VILLAGES Château de Varennes
BEAUJOLAIS VILLAGES Château des Vierres
BEAUJOLAIS VILLAGES Domaine Chant Caillou
BEAUJOLAIS VILLAGES Domaine Cornillon
BEAUJOLAIS VILLAGES Domaine de l'Oisillon
BEAUJOLAIS VILLAGES Domaine Longère
BEAUJOLAIS VILLAGES Domaine Tallon
BEAUJOLAIS VILLAGES FLEUR
BEAUJOLAIS VILLAGES Prestige
BROUILLY Château de Nervers
BROUILLY Domaine Combillaty
BROUILLY Domaine de Voujon
BROUILLY Domaine dit Barron
BROUILLY FLEUR
BROUILLY Prestige
CABERNET SAUVIGNON Vin blanc de Pays d'Oc Prestige
Chardonnay Vin blanc de Pays d'Oc Nouvelle Génération
CHARDONNAY Vin blanc de Pays d'Oc Prestige
CHENAS FLEUR
CHIROUBLES FLEUR
COTE DE BROUILLY FLEUR
COTES DU FOREZ
COTES DU RHONE
FLEURIE Château des Déduits
FLEURIE Clos des quatre vents
FLEURIE Domaine des quatre vents
FLEURIE FLEUR
FLEURIE LA Madone
FLEURIE Prestige
GAMAY Vin de Pays de l'Ardèche
GD Red Vin rouge de Pays d'Oc Nouvelle Génération
GD White Vin blanc de Pays d'Oc Nouvelle Génération
JULIENAS Château de Cotoyant
JULIENAS Château des Capitans
JULIENAS FLEUR
JULIENAS FLEUR 2003 ARCH(26/05/2005)
JULIENAS Prestige
MACON VILLAGES Domaine des Chenevières
MACON VILLAGES FLEUR
MACON VILLLAGES Prestige
MERLOT Vin de Pays d'Oc
Merlot Vin rouge de Pays d'Oc Nouvelle Génération
MERLOT Vin rouge de Pays d'Oc Prestige
MORGON Domaine des Versauds
MORGON Domaine Jean Ernest Descombes
MORGON FLEUR
MORGON Prestige
MOULIN A VENT Domaine des Rosiers
MOULIN A VENT FLEUR
MOULIN A VENT Prestige
POUILLY FUISSE Clos Reissier
POUILLY FUISSE FLEUR
POUILLY FUISSE Prestige
REGNIE Domaine des Chaponnières
REGNIE Domaine du Bois Mary
REGNIE FLEUR
SAINT AMOUR FLEUR
SAINT VERAN FLEUR
SAINT VERAN Prestige
Syrah Vin rouge de Pays d'Oc Nouvelle Génération
Le Hameau du Vin
Le Hameau du Vin
http://www.intowine.com/beaujolais3.htmlhttp://www.suntory.co.jp/wine/winery/130/index.htmlhttp://www.fineliving.com/fine/favorite_things/article/0,1663,FINE_1425_4228998,00.htmlhttp://charlottebeaujolais.com/http://www.nouvelobs.com/dossiers/p2132_2/a275597.htmlhttp://www.faccsf.com/Events/beaujolais_2005.htmhttp://www.explorateurs-de-vins.com/region_beaujolais.htmhttp://www.champagneswines.com/wine/duboeuf.htmhttp://dmoz.org/Recreation/Food/Drink/Wine/France/Beaujolais/http://www.intowine.com/beaujolais3.htmlhttp://www.suntory.co.jp/wine/winery/130/index.htmlhttp://www.fineliving.com/fine/favorite_things/article/0,1663,FINE_1425_4228998,00.htmlhttp://charlottebeaujolais.com/http://www.nouvelobs.com/dossiers/p2132_2/a275597.htmlhttp://www.faccsf.com/Events/beaujolais_2005.htmhttp://www.explorateurs-de-vins.com/region_beaujolais.htmhttp://www.champagneswines.com/wine/duboeuf.htmhttp://dmoz.org/Recreation/Food/Drink/Wine/France/Beaujolais/Creation Vinium Business & Design