A Fleur DE VINS
2009 : le millésime du soleil
Chaque jour nous dégustons quelques 200 échantillons de Beaujolais et Beaujolais Villages 2009. Compte tenu de la corpulence des vins, de leur structure, la tâche n’est pas facile pour trouver les meilleurs parmi les très bons.
Vendanges 2009 en Beaujolais
Elles se déroulent sous un temps idéal, avec des vendangeurs actifs et joyeux, les grappes de raisin sont petites, gorgées de soleil, d’une belle couleur noire violacée avec une richesse en sucre exceptionnelle. Les baies sont épaisses et les pépins d’une belle couleur ambrée, signe d’une maturité phénolique parfaite.
2009 peut-être le meilleur des 9 ?
Un proverbe dit : « Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ». Attendons le début des vendanges, fixé pour les Beaujolais et Beaujolais Villages au 27 août, pour avoir une vision plus judicieuse de ce millésime 2009 qui sera vraisemblablement en qualité au-dessus de 2003 et de 2005.
CHRONIQUES
LE « NOUVEAU », C’EST TOUJOURS UNE FETE

Au téléphone, Georges Duboeuf a été sans équivoque : « C’est une année en 9, donc une grande année ! » Je n’ai pas osé lui rappeler que je suis né en 1939, le plus exécrable millésime du vingtième siècle, pour le vin du moins. Georges avait bien sûr raison, comme toujours : ne déclarait-il pas déjà à un journaliste à la fin de l’été 1989, qu’il n’est pas loin de considérer comme la véritable année du siècle: «Chaque grappe est un petit chef d’œuvre… » A l’heure où ces lignes sont écrites, le Beaujolais est en vendange. Quand vous les lirez, le vin sera fait dans les cuves. Et on ne sera plus très loin du 19 novembre, troisième jeudi du mois. Jour béni de la grande fête mondiale du Beaujolais Nouveau !

Au téléphone, Georges Duboeuf a été sans équivoque : « C’est une année en 9, donc une grande année ! » Je n’ai pas osé lui rappeler que je suis né en 1939, le plus exécrable millésime du vingtième siècle, pour le vin du moins. Georges avait bien sûr raison, comme toujours : ne déclarait-il pas déjà à un journaliste à la fin de l’été 1989, qu’il n’est pas loin de considérer comme la véritable année du siècle: «Chaque grappe est un petit chef d’œuvre… » A l’heure où ces lignes sont écrites, le Beaujolais est en vendange. Quand vous les lirez, le vin sera fait dans les cuves. Et on ne sera plus très loin du 19 novembre, troisième jeudi du mois. Jour béni de la grande fête mondiale du Beaujolais Nouveau !

Certains n’hésitent pas à la trouver aussi belle que Noël, Pâques et le 14 juillet ! Pourquoi pas ? Après tout, les deux premières sont certes les grandes dates de notre religion, mais le monde entier ne la pratique pas. Quant à notre fête nationale, elle n’est pas célébrée, non plus, sur la terre entière. Alors qu’il n’est pas un pays sur la planète où les deux mots magiques « Beaujolais Nouveau » ne fassent naître un sourire sur les visages. Au long des près de quarante ans que j’ai passés au « Figaro », il n’est pas un « marronnier » que j’ai attendu avec plus de joie impatiente que celui-là. L’arrivée du Beaujolais Nouveau m’a toujours été un jour de bonheur : celui de le découvrir dans mes bistrots parisiens préférés, « Ma Bourgogne » boulevard Haussmann, « Le Rubis » rue du Marché Saint Honoré, « Chez Serge » à Saint Ouen, « La Cloche des Halles » rue Coquillère…

Le 13 novembre 1951, une simple note des Contributions Indirectes, avait précisé les conditions dans lesquelles « certains vins à appellation contrôlée peuvent être commercialisés dès maintenant sans attendre le déblocage général du 15 décembre. » Les dirigeants beaujolais de l’époque mettaient depuis longtemps toute leur opiniâtreté à obtenir cette reconnaissance, enfin officielle, que la précocité du gamay et la vinification beaujolaise conféraient aux vins nés entre Lyon et Mâcon (mais également au Muscadet, aux Côtes-du-Rhône, au Mâcon blanc) une aptitude à être appréciés un mois avant les autres vins de l’Hexagone. On n’allait pas tarder à mettre la note en pratique. Le surlendemain de sa parution, quelques dizaines de journalistes recevaient cette invitation, initiée par Jean Laborde, député du Rhône et par son ami Jean Petit, président de l’Union Viticole à Villefranche-sur-Saône: « Le Beaujolais 1951 vous convie à son premier rendez-vous parisien le jeudi 20 novembre, à dix-huit heures, à la Questure de l’Assemblée Nationale. » Tout partit de là !

Bien sûr, avant 1951, on appréciait déjà le « Nouveau » dès qu’il était prêt. Mais sans date fixe, et pour tout dire, dans une relative illégalité, jamais verbalisée au demeurant. Cette date de naissance officielle n’allait pas rester fixe pendant une quinzaine d’années, décrétée qu’elle était alors par l’INAO en fonction du profil et de la date des vendanges. Puis on opta en 1967 pour le 15 novembre. Quelques années encore et on fit observer que le 15 tombait tous les sept ans un dimanche, jour malvenu pour les patrons de bistrot fermés le jour du Seigneur. En 1985 enfin, fut trouvée à la satisfaction générale la solution toujours d’actualité qui dit que le Beaujolais Nouveau est débloqué le troisième jeudi de novembre à zéro heure. Mais, pour les journalistes voulant rendre compte de l’événement, un dilemme était survenu dès 1975 : fêter le Beaujolais à Paris ou accepter l’invitation de Georges Duboeuf à participer à la grand messe bachique de Romanèche-Thorins ! Personnellement, j’ai toujours essayé de me dédoubler, présent à Romanèche le mercredi soir mais le jeudi matin accoudé, pas toujours très frais, aux zincs de la capitale. A Romanèche, on attendait minuit dans une allégresse débridée. Les chais étaient illuminés, décorés, les tréteaux croulaient sous les plus succulentes victuailles beaujolaises, les plus grands cuisiniers de l’Univers (Français, donc) fraternisaient avec les vignerons fiers de faire embouteiller leurs vins par la maison Duboeuf, on chantait à tue-tête, les plus grands artistes de la chanson, du cinéma, du théâtre – du moins ceux et celles qui ne craignaient pas d’être photographiés un verre à la main, c'est-à-dire beaucoup ! - savaient que la seule vedette, ce soir là, c’était le Beaujolais Nouveau. Les douze coups sonnés, ponctués par la fanfare invitée, comme pour une Saint-sylvestre païenne, des camions partaient à la seconde livrer la bonne nouvelle aux quatre coins de l’Europe. (Pour les autres continents, la voie des airs était déjà plus appropriée.) Dans les premières années, des voitures anciennes, britanniques et de sport, démarraient pour un fameux rallye dont on n’allait pas apprendre les résultats dans « L’Equipe », mais dans le « Times » qui organisait cette compétition aussi originale que bachique. Car allait être déclaré vainqueur le pilote qui aurait le premier livré au journal les bouteilles de beaujolais dont son coffre était rempli. Et la fête de recommencer sur les bords de la Tamise…


Les années folles de la fête parisienne du Beaujolais Nouveau se situent pendant les années 70-80. De son côté, Michel Brun, le « commercial » de Georges Duboeuf, recevait quelques 600 personnes à Orly Ouest et, avec l’aide des Compagnons du Beaujolais de Paris, remettait des diplômes de « Vignerons d’Honneur du Beaujolais » à quelques personnalités. Le lendemain ils étaient 1500 à Roissy pour vivre intensément l’instant magique de la découverte du nouveau millésime. Et puis c’était la course folle de bistros en bistros, de brasseries en brasseries, de restaurants en restaurants, pour s’assurer de la bonne exécution de la mise en place des affiches et des bouteilles. Presque tous organisaient des fêtes : « le Pied de Cochon », « le Beauvilliers », « le Nikko », « le Café de la Paix » et les innombrables petits bistros qui organisaient eux aussi un évènement pour le plaisir de leurs clients et amis.

Aujourd’hui, les choses se sont un peu calmées, mais Paris sera toujours Paris. Cette année encore Christophe BRAULT, directeur commercial, accueillera à la soirée du « Train Bleu » de la Gare de Lyon quelques 400 invités. « Le Café Fauchon », « l’Atelier de Guy Martin », « le Bar Romain » et bien d’autres fêteront l’évènement.


J’ai sous les yeux un article extrait d’un magazine d’une célèbre marque de motos. On y célèbre le Beaujolais Nouveau 2008 dans les rues de New York. Un cortège de Harley, en tête duquel Franck Duboeuf, dans un side-car, brandit un carton de vin. Les monstres pétaradants, enfourchés par les plus grands chefs de la « Grosse Pomme », se rendent de Battery Park vers le nouveau restaurant de David Bouley, depuis longtemps une des plus grandes toques françaises d’outre Atlantique. Où l’article nous laisse à entendre que la soirée fut longue et déborda largement sur les trottoirs.



A Las Vegas, m’apprend Yann Bourigault, directeur du secteur export chez Duboeuf pour l’Amérique du nord, c’est en hélicoptère, livrés par des danseuses de French Cancan, que les flacons se sont posés à minuit pile sur le Strip, l’artère principale de la capitale du jeu. Au début des années quatre-vingt, j’ai participé à Hong-Kong à l’arrivée du vin nouveau dans le bistrot de Bernard Vigneau : un Chinois hilare à son cinquième verre de Beaujolais, ça vous laisse de beaux souvenirs ! Et ils étaient nombreux, ces Chinois… Rien n’a changé paraît-il et cette année encore, de Kowloon à Causeway-bay, on va beaucoup parler de nos collines et de nos vignes.

A Kiev - je tiens la choLe beaujolais en Harleyse de Bernard Georges, directeur export - de jeunes Ukrainiennes vêtues comme nos vendangeuses, vont servir le vin à pleines bouteilles au bar du Hyatt (honoré de la présence de l’ambassadeur de France l’an dernier !), ou dans des caveaux voûtés décorés de feuilles de vigne, à leur compatriotes heureux de partager ce sourire venu de France en novembre. A Tallin, en Estonie, des centaines d’invités vont déguster les meilleurs crus de 2008 en attendant minuit et la mise en perce du tonneau de Duboeuf. A Vilnius, en Lituanie, c’est dans un monastère, encore occupé par ses moines, que le Beaujolais coule à flots.

La place manque pour évoquer les festivités du Beaujolais Nouveau, orchestrées dans le monde entier, du Mexique au Liban, de Sydney à Pékin, de Moscou au Panama, de Dakar à Kiev. Une inconnue pourtant : au 20 septembre, on ne sait pas encore à Romanèche quelle va être cet automne, la fête la plus réussie. Enjeu ? Quelques pots de 2009, quelle question !…

Michel Piot

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